Démarche
Historien de l’art de formation, j’ai réalisé en 2006 une thèse sur Les pochettes de disques de rock, de l’ère psychédélique à nos jours (1966-2005). Cet attrait pour la synesthésie est le moteur de ma démarche artistique, alimentée dans un va-et-vient critique permanent par un travail de commande photographique focalisé sur l’architecture, le paysage et les œuvres d’art .
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Mon travail s’articule essentiellement autour d’une double thématique: celle de la perte de connexion de l’homme avec le monde naturel et de l’avenir de notre patrimoine culturel construit. Il traduit un désenchantement à l’égard de la gestion calamiteuse de notre territoire où les lotissements pavillonnaires et les zones d’activités, pourtant depuis longtemps décriés, restent les parangons d’une pathétique indigence architecturale. La lecture critique de l’espace urbain et de l’architecture, largement héritée du XX° siècle qui le constitue, confère une valeur documentaire à mes images, et permet par exemple de souligner l’égarement de nos pratiques et de nos usages en tant que touristes, ainsi que notre manque total de discernement en matière d’écologie et de planification urbaine. Au cours du processus créatif qui selon les séries peut aller de la photographie de rue à une longue planification ponctuée de repérages, je confère à mes images une lecture plus introspective, liée à des souvenirs ou des fantasmes personnels, mais aussi à la manière dont notre mémoire collective est altérée et subvertie par les nouveaux modes de communication.
Chaque fragment visuel prélevé dans une réalité que nous refusons de voir – l’urbanisation accélérée de notre environnement – traduit une vision fataliste de cette évolution, parfois teintée d’une légère dérision (Vulgaris). La sidération causée par notre obstination à étendre constamment et de façon a priori irrémédiable notre emprise sur un territoire nourricier, se matérialise dans mon travail à travers des scènes théâtrales (L’Age d’Or, Maison à Vendre): celles-ci dévoilent implicitement l’absurdité et la violence de notre rapport au monde (En silence – Les Yeux des Morts, Terres Brûlées), dans une tragédie qui voit également disparaître dans l’indifférence générale, tout au moins en France, une part important de notre héritage architectural (Espaces | frontières). Quelque part entre l’éloge d’une beauté de plus en plus trouble et la vaine dénonciation d’un désastre tout à fait tangible…
La monumentalisation de l’architecture et la suppression des éléments parasites servent une construction picturale, soutenue par une composition attentive à l’échelonnement des plans qui relie directement certaines séries à la notion de paysage. Je construis et perçois mes images comme des espaces de projection clos, vecteurs d’une tension palpable. L’architecture y est souvent ressentie comme une forme d’emprisonnement physique et psychique qui concentre le mal-être et les frustrations, et où sont mises en scène les relations entre le corps et l’espace, entre l’homme et des volumes inertes et oppressants. Ma pratique artistique, même lorsqu’elle aborde des sujets plus personnels comme l’expérience de sa propre altérité (L’inconnu | le trajet, L’inconnu | chrysalide), reste focalisée sur les frictions entre intérieur et extérieur, lesquelles ne peuvent trouver d’apaisement que dans la solitude de la jouissance de l’univers végétal.
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