Paysage de classes – Cannes / 1
Paysage de classes
Cannes / 1
En bas de la ville qui dévale les collines vers les plages, le port et le navrant Palais des festivals, quelques boutiques font saliver les gens normaux, relâchant au compte-goutte des privilégié·es blasé·es et leurs sacs estampillés. Durant le Cannes Yachting Festival, on peine à mesurer la taille, la surface, le prix et l’utilité d’une impressionnante flotille qui évoque davantage par son design rageur les vedettes d’une milice que des objets de loisir. Il y a une forme d’agressivité assumée dans cette ostentation qui ici ne connaît pas de limites, et une violence sourde dans l’affichage des inégalités et des canons esthétiques. Il y a ceux qui trompent l’ennui par le luxe, ceux qui trompent leurs frustrations en feignant d’être riches, et ceux qui survivent malgré leurs rancœurs.
Parce qu’il y a aussi des magasins pour la masse et des tacos à côté de la gare, comme ailleurs, et le kitsch de la Croisette toute rouge la nuit au-dessus des plages privées. Parce que dans ce lieu marqué de paradoxes et urbanisé à l’extrême, on finit parfois par succomber à la beauté aveuglante de la lumière et des couleurs. On oublie un temps la densité à travers les échappées vers le large, les îles, l’Esterel et les Alpes. Le relief parvient à nous distraire de ce que l’on a fait de ce site exceptionnel, lorsque l’étagement d’immeubles et des pins se colore au lever du soleil sur la permanence de la Méditerranée.
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